Alger / Diplômés chômeurs : hommes et femmes entre pressions et traditions

  1. GROUPE PRESSE ECRITE ALGER / Face à un marché du travail incapable d’absorber le contingent de jeunes diplômés, le poids des traditions pèse différemment selon que l’on soit un homme ou une femme à la recherche d’emploi.

  2.  Sa blouse blanche a laissé place à un tablier de cuisine et son quotidien n’est pas celui d’une ingénieure en biologie. Au chômage depuis trois ans, Meriem scrute les petites annonces à la recherche de l’offre d’emploi qui correspond à son profil : « Je trouve des propositions de secrétaire de direction ou de délégué médicale mais ce n’est pas ce que je veux.». La trentenaire ne s’avoue pas pour autant vaincue, elle arrivera à trouver un travail à la hauteur de ses compétences et surtout des attentes de son père car chez les Bennour, c’est en famille qu’on cherche de l’emploi. 
  3. Comme Meriem, Farah dépose également des CV accompagnée de son père. Le retraité de 69 ans s’implique pleinement dans la recherche d’emploi de ses deux enfants avec toute fois plus de zèle pour Farah. «C’est normal » dira Slimane : « C’est ma fille c’est à moi de subvenir à ses besoins en attendant qu’elle trouve un bon travail ou qu’elle se marie ».
    Par un bon travail Slimane entend « un travail en entreprise, de préférence dans le public, qui ne soit pas trop loin de la maison avec des horaires administrative ». Paradoxalement Slimane est moins exigeant avec le dernier de ses enfants. Pour Amine il veut seulement un travail ! « je veux juste qu’il soit indépendant. C’est un homme maintenant ce n’est plus à moi de le prendre en charge ».
    Se débrouiller coute que coute
    Pour subvenir à ses besoins, du haut de ses 23 ans, Amine enchaine les petits boulots. Il espère ainsi acquérir l’expérience qui manque tant sur son CV et qui lui permettra de postuler au près des grandes entreprises.
    Amine, Farah et Meriem font partie des 28 ,2 % de jeunes universitaires au chômage. Selon la dernière enquête de l’Office nationale de Statistique, ils étaient en septembre 2016 plus de 380.000 diplômés de l’enseignement supérieur à la recherche d’un emploi. Le chiffre montre également une prédominance de femmes diplômées au chômage. Plus de 20% contre 8% d’hommes diplômés. Des chiffres qui s’expliquent en partie par la forte présence des femmes dans les universités où en moyennes elles représentent plus des deux tiers des étudiants.
    Wafid s’intègre dans les 66.5% des jeunes au chômage de longue durée, (à la recherche d’emploi depuis une année ou plus). Ca va faire six ans maintenant qu’il a décroché en Master en Markiting. Son permis et sa voiture devait l’aider à démarcher des clients. C’est aujourd’hui son gagne-pain. Il est « clandestin » un chauffeur de taxi sans licence et sans couverture social. L’informel il ne le subit pas, il l’a choisie. «J’avais décroché un emploi dans une entreprise qui me plaisait, mais mon salaire de débutant à 22 000 da ne suffit pas. Chaque mois je dois donner de l’argent à mes parents. Je veux économiser pour me marié. Faut l’avouer être clandestin rapporte mieux ! C’est dommage mais je n’ai pas le choix ».
    Ce n’est pas pour le salaire mais pour les horaires de travail que Sara a dû abandonner un emploi qui lui tenait à cœur. « Mes parents n’ont pas accepté que je travaille parfois jusqu’à 22h. Pourtant l’entreprise assuré le transport j’ai du arrête. J’avais pas le choix »
    En Algérie, l’insertion dans le monde du travail est un chalenge pour les jeunes diplômés.
    Ambitieux et déterminés, ces derniers font face à un marché de l’emploi atrophié, incapable pour le moment d’absorber les dizaines de milliers de diplômés. Les hommes et les femmes supportent ou subissent différemment le poids des traditions et les contraintes familiales. Pour l’organisation internationale du travail (OIT) ses contraintes limitent leurs possibilités en matière d’emploi .

  1. Travail réalisé par le groupe presse écrite à Alger : Madjid Berkane, Nesrine Charikhi, Chellouche Fares et  Mimoun SMAIL 

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